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La famille DUFOUR de Dommartin au Pays de Vaud Source: inédit antérieur à 1952 de Maurice Reymond, déposé aux Archives Cantonales Vaudoises Transcrit par Daniel Dufour en octobre 2000 ____________________________________________________________
Le bourg de Dommartin Dommartin, lieu d'origine de la famille DUFOUR qui fait l'objet de cette notice, appartient aujourd'hui au cercle de Bottens, dans le district d'Echallens, canton de Vaud. Son nom est similaire à celui de Saint-Martin, avec l'épithète dominus au lieu de sanctus. La plus ancienne mention de Dommartin, où l'on a découvert en 1870 un tombeau Burgonde, date du 18 juillet 908. C'est dans le village de Domno Martino que, par acte du roi Rodolphe, un des serfs de l'évêque Boson subit l'épreuve du fer chaud, qui prouva que l'église de Lausanne avait le droit de faire paître ses pourceaux dans la forêt royale de Sancto Martino. Au 11ème siècle, Dommartin est une localité fortifiée d'une certaine importance, ayant à sa tête un mayor qui est un gros personnage; c'est le centre d'un grand domaine royal embrassant les villages de Villars-Tiercelin, Chardonney, Peyres, Possens et Naz, et, du point de vue paroissial, Poliez-Pittet. Dans le courant du siècle, ce domaine devint la propriété de l'Église de Lausanne et fut ensuite démembré entre l'Évêque, le Chapitre et divers seigneurs. Le Chapitre, vers 1200, fait construire à Dommartin un castrum, c'est-à-dire qu'il fortifie la partie haute (la motte ou popia) qui renferme, entre autres, une tour en bois, la maison du chapitre, le four, la grange du mayor, sa maison et celles de plusieurs autres notables. Le castrum contient en tout 33 maisons en 1235, alors que la villa ou ville basse, édifiée autour de l'église, en contient 57. Le castrum, le rempart ou bastimentun, la "belle" tour et plusieurs maisons, construites en bois, furent incendiés en 1235, mais rapidement relevés par les sujets du Chapitre. Le 23 juin 1230, le prévôt Conon d'Estavayer, devant les notables ecclésiastiques et laïques, devant le peuple de Dommartin, de Villars-Tiercelin, de Sugnens et de Poliez-Pittet, reconnaît les coutumes de Dommartin. Le bourg du château (castrum) est assimilé à la Cité de Lausanne, et le village à la Ville inférieure. Au point de vue de la répression des délits, les délinquants du village qui se réfugient au château y bénéficient du droit d'asile. En 1448, le domaine du Chapitre à Dommartin comprend le château et la forteresse avec une tour carrée, le bourg encore fortifié, diverses terres et dîmes. Mais les chanoines prébendiers n'exercent aucune juridiction; la justice est exercée au nom du Chapitre par le mayor, puis, dès 1263, par le châtelain. Deux gouverneurs ou syndics sont chargés chaque année de l'administration de la commune. Lors de la conquête bernoise de 1536, le mandement de Dommartin fut incorporé au bailliage de Lausanne. Sous le nouveau régime, la Cour de Justice est composée d'un châtelain et de six justiciers, dont l'un est lieutenant de la châtellenie. La cour de justice a la haute juridiction, les causes féodales étant portées à la Cour Féodale du château de Lausanne. Le mandement de Dommartin, l'une des plus importantes châtellenies du bailliage, comprend alors, outre Dommartin, Sugnens, Naz, Peyres et Possens, Montaubion, Chardonney et Villars- Tiercelin. Au milieu du 16ème siècle, l'église et beaucoup de maisons furent incendiées; le château et le bourg inférieur furent abandonnés et de nouvelles maisons construites à une certaine distance, à l'emplacement du village actuel. La tour du château subsista néanmoins, elle est employée comme prison au début du 18ème siècle, puis, en 1798, la population vint y prendre des matériaux de construction. La tour disparut bientôt et il n'en subsiste que des ruines.
L'église de Dommartin Saint-Martin était le patron de l'église paroissiale et divers indices permettent d'admettre qu'élevée sur l'emplacement d'un ancien autel druidique, celle-ci était antérieure au 13ème siècle. L'église de Dommartin était primitivement construite près de la Mentue, ruisseau qui sépare Dommartin et Naz, hors de l'enceinte du bourg. Le 17 janvier 1500, plusieurs notables de Dommartin, dont Girard II Dufour, fondent la chapelle de la Bienheureuse Vierge Marie dans l'église de Dommartin (1). Celle-ci, devenue temple protestant à la conquête bernoise, fut incendiée vers 1547; l'édifice, relevé à un autre emplacement, fut construit à nouveau au 18ème siècle dans le village; il a subi des modifications depuis lors.
Le four de Dommartin C'est du four de Dommartin que la famille qui fait l'objet de cette notice a tiré son nom au 14ème siècle. Ce four est mentionné dans le passage suivant du Cartulaire (2) de Notre-Dame de Lausanne:"Quand le Chapitre fit le castrum de Dommartin, il fit un four dans le castrum, devant la porte de la motte; maître Bandinus le tint de la part du Chapitre aussi longtemps qu'il tint le castrum. Mais, après que le Chapitre eut remis le castrum au mayor Umbert, il lui laissa le four à condition qu'il tint une guaite (3) dans la tour, ce qu'il fit pendant plus de trente ans. À sa mort, Guillaume de Chapelle, chevalier, mari de la fille du dit Umbert, garda le castrum pour le Chapitre pendant six ans. À sa mort, comme Pierre d'Efferaz avait épousé la femme du dit Guillaume, le Chapitre lui réclama le four, ainsi qu'au tuteur des fils de Guillaume, ou alors qu'ils tinssent la garde. Ils répondirent qu'ils ne savaient pas y être tenus; et il fut reconnu comme il a été dit plus haut. Fait dans la maison de Conon, le prévôt, l'an de l'incarnation du seigneur 1225, le troisième jour après l'Épiphanie(4)."
La perception du produit du four oblige donc, au 13ème siècle, à l'organisation d'une garde dans la tour. Ce revenu rentra en 1263 dans les mains du Chapitre, celui-ci ayant, à cette date, racheté la mayorie et le four banal, puis supprimé l'office du mayor. Tandis que le châtelain remplace le mayor dans ses attributions judiciaires, c'est à un personnage distinct que le four est alors accensé (5). Cela ressort de la reconnaissance faite, le jour de la Trinité 1317, par Jean Guerdon en faveur du Chapitre, de divers biens, dont le four de Dommartin. Une annotation marginale de la grosse(6) dit: "Tient Girard du four"(7).L'absence de documents du 14ème siècle empêche de savoir par quel mode le four revint à Girard: à une époque où les noms de famille ne sont pas encore fixes, il n'est pas exclu de voir en Girard un descendant de Jean Guerdon, et de supposer que le surnom Dufour ait supplanté le nom Guerdon, tous autres modes de transmission tels que vente, échange ou héritage, étant également possibles. Quoi qu'il en soit, à la fin du 14ème ou au début du 15ème siècle, Girardus de Furno reconnaît entre autres en faveur du Chapitre de Lausanne le four de Dommartin - dans lequel tous les habitants du dit lieu doivent faire cuire leur pain -, ainsi qu'une maison au bourg du château. Le 29 juin 1448, son petit-fils Pierre du Four prête la même reconnaissance, le four ayant le même bénéfice; c'est par cette grosse (8) qu'est connue l'existence de Girard I, aucun document d'ensemble n'existant pour l'histoire de Dommartin pendant la période qui va de 1317 à 1448. Toutefois, le rappel d'anciens actes perdus, en particulier celui d'achats de maisons in villa faits en 1409 par Jean et Nicod, tous deux fils majeurs de Girard du Four, permet d'affirmer que ce dernier vivait à Dommartin dans la seconde moitié du 14ème siècle. L'on peut également en conclure que les DUFOUR tirent leur patronyme du four de Dommartin, qu'ils tenaient pour le Chapitre de Lausanne à cette époque.L'emplacement du four et de la maison de Girard I ne sortirent pas de sa descendance, bien que ces bâtiments aient disparu lors de l'abandon du castrum: son petit-fils Girard II en est propriétaire en 1485, par héritage de Pierre (9); puis, en 1523 et 1545, ces biens sont aux fils de Girard II(10). En 1603, Martin et François, fils de Pierre Dufour, Benoît et Martin, fils de Guillaume Dufour, et Esther, fille de Benoît Dufour, possèdent, entre autres et en indivision "une demi seytorée de jordil... sise vers le château, au lieu auquel la maison des ancêtres des du Four souloit ancyennement estre construite"(11). Enfin, en 1629, Benoît Dufour, les enfants de Martin Dufour et Etienne Dufour, d'Aigle, prêtent reconnaissance pour des biens parmi lesquels se trouve "une parcelle de clos sise vers le château où était autrefois la maison des Dufour".(12)
Sources et notes (1) Archives Cantonales Vaudoises (A.C.V.), Inventaire blanc N° 3088.(2) Latin charta, papier. Recueil de titres relatifs aux droits temporels d'un monastère, d'une église. (3) Guaite, garde et guet. (4) 8 janvier 1226 en calendrier grégorien. Cartulaire de N.D. de Lausanne, publié dans les Mémoires et Documents de la Société d'histoire de la Suisse Romande, T. VI, p. 163. Traduction du Prof. Henri Meylan. (5) Remis en tant que charge. (6) Copie d'un acte authentique ou d'un jugement, revêtue de la formule exécutoire. (7) A.C.V. Ac. N° 27, Grosse Jean d'Orbe, fos 1 verso et 2. (8) A.C.V. Ff N° 17. Grosse Jean Challet, fos 220 à 227. (9) Archives de Dommartin. Grosse Jean de Faverges (de Fabrica) fos 67 à 80. (10) A.C.V. Ff N° 49, Grosse Benoît de la Place, fos 55 à 71. A.C. Dommartin, Grosse Claude Prélaz. (11) A.C. Dommartin, Grosse Daniel Dufour, fos 480 à 592. (12) A.C.V. Grosses Daniel Dufour et Enoch Mauraz. |